Ironman de Vitoria-Gasteiz

ParGuillaume PETIT

Ironman de Vitoria-Gasteiz

Voilà presque un an, jour pour jour, que mes takounes adorées m’ont permis de m’engager dans ce bel objectif pour la fin d’année de ma quarantaine. Alors pour ceux qui me l’ont demandé, je m’excuse d’avoir pris un peu de temps, mais voilà enfin le récit de cette belle aventure familiale.

Mardi 9 juillet, premier jour d’une longue série que je vais qualifier de merveilleuses vacances. J’ai enfin mes deux pieds libres de toutes contraintes professionnelles. Nous sommes à 6 jours de l’Ironman. J’attaque cette journée sereinement, sans penser à dimanche. En revanche je me dis que je ferai bien une dernière petite sortie course à pied en soirée. Je pars donc pour une séance de 45’ allure fondamentale en première partie, et quatre intensités de 3’30’’ récup 2’ en deuxième partie.

Dès le lendemain, je pars aussi pour ma dernière petite sortie vélo. Rien de bien méchant physiquement et l’idée est juste de s’assurer que tout fonctionne aussi bien matériellement que physiquement. Pour ce faire, j’imprime quelques accélérations sans pour autant me faire mal.

Nous sommes alors mercredi, et tout va bien. Je suis confiant. J’arrive au terme de plusieurs mois de préparation, sans réel traumatisme, sans problèmes apparents. Le bonhomme va bien !

Je pense à l’organisation du départ car dès le jeudi, je récupère le camping-car que nous louons. C’est une vraie première pour la famille. Ce périple dans une maison roulante nous plonge dans l’aventure. Et j’avoue que ça m’aide beaucoup à relativiser certaines pensées angoissantes à l’aube de ma course. Mon esprit est accaparé par cette nouveauté, enfin… au moins pendant le premier jour jusqu’à notre première étape nocturne.

Départ pour l’aventure

Nous sommes jeudi, le camping-car est chargé et prêt à avaler du bitume, direction Vitoria-Gasteiz !!!

Tout se passe merveilleusement bien, le cagouille est un vrai plaisir de conduite. Il est tout récent et l’on s’y sent bien. En soirée, nous faisons notre première étape très très improvisée, car nous n’avons finalement rien prévu précisément… à part… l’aventure !

Et l’aventure nous amène sur une aire des Landes pour passer notre première nuit sous les pins. Bon… malgré les explications du propriétaire, nous ne faisons pas les fiers et nous en oublions même d’ouvrir la bouteille de gaz pensant que l’eau allait chauffer par le saint esprit et l’électricité.

On profite des pins pour faire un petit apér-eau. La bonne blague ! Ninie signale qu’il y a une Despé derrière la bouteille d’eau !

Rapidement au dodo, je me pose plein de questions sur le couchage, et la mayonnaise prend à l’idée de penser que je vais peut-être mal dormir. Il ne me reste plus que trois nuits finalement. Je m’endors avec des petites douleurs aux jambes qui commencent à apparaître. J’échange quelques mots sur Facebook avec les potos du club. Tout ça me plonge un peu plus dans ma course, mais le fameux cercle vicieux de la pensée négative s’étouffe progressivement pour laisser place à un gros dodo d’épuisement.

Vendredi, le réveil met un certain temps à retrouver les points de repère. Je n’en reviens pas d’avoir aussi bien dormi et toute la petite famille aussi. En pleine forme nous sommes, et c’est très bien pour attaquer la dernière destination : l’Espagne !

Arrivée à Vitoria-Gasteiz

On passe la frontière et le changement de comportement sur la route est radical. Les routes basques espagnoles sont des toiles d’araignées, le stress commence à monter, et je reste très prudent.

Vers 13h, Vitoria-Gasteiz est à quelques kilomètres. Un stress évacué fait la place à un nouveau : Où se parker dans la ville ? Je vous ai dit : l’aventure !! Et nous n’avons toujours pas mangé.

Je m’engage dans les rues de Vitoria et Ninie repère rapidement un emplacement assez désaxé du centre. Nous n’avons pas d’autres possibilités semble-t-il. Et l’on a bien fait, car ce parking s’avère finalement très calme et pratique pour la suite. Bon… c’est sûr que c’est pas le joli coin des Landes de la veille, mais on s’en contentera pour la prochaine nuit car demain nous rejoindrons certainement le lac à 20 km de Vitoria-Gasteiz, où est donné le départ dans la petite commune de Landa. Il est de toute façon essentiel de ne pas galérer avant la course.

Nous sommes à 20 min à pied du centre de Vitoria-Gasteiz, et nous rejoignons le village Ironman perché dans ce magnifique paysage médiéval. Forcément, avant tout autre plan, je m’empresse d’aller chercher mon dossard pour éviter la foule à venir.

C’est chose faite, et place à une petite balade dans le village et à quelques emplettes Ironmanesques que l’on ne fait qu’une fois dans sa vie tellement le portefeuille en a déjà pris un coup avec l’inscription. Chose que je n’avais pas fait sur l’Ironman 70.3 de Vichy, c’est d’acheter le tee-shirt officiel, alors pour Vitoria, soyons fou, mon nom est marqué dessus. Et puis on se laisse tenter… une visière pour papa, une visière pour Mymy, un sac en plus de celui offert (enfin acheté) à l’inscription, bref on reste raisonnable !

Nous sommes déjà réglés sur l’heure espagnole, il est 16h et nous n’avons toujours pas mangé. Alors direction un restaurant pour goûter à quelques spécialités. Personnellement je ne me risque pas à prendre un plat sophistiqué, donc ça sera… des pâtes…

Après avoir mangé direction le village à nouveau pour inscrire Emy sur l’Ironkids qui aura lieu demain matin à 10h. Mymy est plus stressée que son papa !! En même temps c’est normal p’tite puce, c’est un sacré événement pour elle et ça lui paraît gigantesque. Surtout qu’à quelques mètres des inscriptions, elle me glisse discrètement : « Papa, c’est un professionnel ? ». Eh oui, Eneko Llanos, le triathlète professionnel local au palmarès impressionnant est venu au contact de son public. Il gagnera cet Ironman sur ses terres natales.

Quelle belle surprise à l’accueil des inscriptions de l’Ironkids, l’hotesse parle le français et c’est un gros soulagement car elle est la première avec qui l’on peut vraiment échanger. Du coup, je ne la lâche plus ! Mode questionnaire activé !

Changement de plan

Une bonne surprise qui laisse place à une mauvaise nouvelle. Enfin, une ré-organisation à réfléchir… l’aventure !! En effet, je lui pose la question sur la possibilité de garer le camping-car sur le site de Landa au départ de la course. Il s’avère que ce n’est pas judicieux car le site n’est pas aménagé pour ça et que la seule route d’accès sera utilisée par la course et par l’acheminent des triathlètes. C’est donc un changement de plan complet, pour Ninie et les filles qui voulaient voir pour la première fois un départ de natation Ironman, et pour moi qui ira en vélo de contre-la-montre à Landa, puis le déposer, et enfin revenir en bus à Vitoria-Gasteiz.

Nous allons donc passer au moins deux nuits sur l’aire de camping-car et sans raccordement. Mode économie d’énergie activé ! Enfin, il fait tellement beau et chaud que le panneau solaire ne tarde pas à recharger les batteries. Et puis, toutes les commodités sont à portée de main.

Mon vélo de contre-la-montre reste dans la soute pour l’instant. Je prépare les 4 autres vélos pour demain matin, dont mon beau VTT vintage.

Emy est Ironkid finisher

Nous sommes samedi matin, Emy est impatiente et prête pour rejoindre l’Ironkid ! Nous rejoignons la place La Florida en vélos, pour un départ à 10h. Sur cet événement, les organisateurs ont décidé d’associer des animaux à chaque groupe d’âges. Emy sera un zèbre ! Je trouve ça rigolo et c’est plutôt bien pensé pour arriver à réunir tous ces animaux éparpillés un peu partout en floride. Je fais faire quelques échauffements à Emy. Elle est fin prête et rejoint la ligne de départ.

Le coup de pétard lance le troupeau de zèbres à l’assaut des 1000 m dans le magnifique parc ombragé.

On perd Emy de vue dans le seul tour prévu, puis un premier paquet de garçons passent l’arche finale. Les premières zèbrettes arrivent, puis aux compte-gouttes. Emy termine 7e après une petite accélération pour ne pas se faire doubler par celle qui était juste derrière elle. Emy est Ironkid finisher !!!

Préparation et concentration

Il est midi et nous retournons au camping-car assez rapidement afin de préparer un bon plat de pâtes qui me sera bien utile pour le lendemain. A la fin du repas, je préviens les filles : « maintenant je vais préparer mon matos… ». Tout le monde connaît cet état second quand vous entrez dans votre bulle.

C’est réellement à ce moment précis que, pour moi, ma course commence. Tout doit être pensé, et repensé. Chaque détail des transitions doit être simulé pour ne rien oublier. Rien de bien méchant pour n’importe quel triathlète, mais celui-ci est un Ironman, alors le moindre oubli ou la moindre erreur peut vous gâcher un moment de course. J’ai le souvenir d’une erreur sur mon Ironman 70.3 de Vichy où j’avais tout simplement mis mes chaussettes dans le sac T2 de course à pied. Il faisait froid à la T1 et je suis parti pieds nus en vélo. Je l’avais moyennement apprécié pendant la première heure de vélo. Alors pas question de récidiver ces petites inattentions, je dois me forcer à refaire les scénarios.

Avant de m’occuper de mes transition-bags, je sors mon destroyer de la soute. Seules les roues sont à remonter, mais je reste méfiant et je regarde partout en espérant qu’il ait bien encaissé le voyage. Les simples cartons et la couverture l’ont finalement bien protégé. Je fais de même pour les roues et ouf ! rien à signaler. Je vérifie une nouvelle fois mes pneumatiques après un gonflage à 7 bars. Tout va bien, ils sont propres et feront l’affaire comme à l’entraînement. J’en profite pour en rendre jaloux plus d’un : en 10 ans de vélo, je n’ai jamais crevé une seule fois. Alors c’est certainement pas demain que ça arrivera !!!!

Pourtant à Vichy l’année dernière, c’était très stressant car j’avais vu le matin même de la course un trou dans le pneu avant. Ceci était finalement que du stress et le pneu avait tenu tout l’hiver d’après. Soyez pas jaloux les amis !!!!

Une fois le vélo fin prêt, je m’attaque aux sacs de transitions. Il est environ 13h30, je prends mon temps… Sauf que je dois aussi aller déposer mon vélo et mes sacs alors je commence à m’affoler. C’est à ce moment précis qu’un triathlète devient un petit peu irritable !! Je dois faire des aller-retours à l’intérieur et à l’extérieur du camping-car, je ne pense qu’à une seule chose à la fois ce qui multiplie mes va-et-vient. Ninie et les filles l’ont bien compris, et elles font tout pour ne pas me déranger dans cette préparation. Elles savent que je suis de toute façon dans ma bulle.

Mes deux sacs de T1 (transition vers le vélo) et T2 (transition vers la course à pied) sont prêts. Mon sac T0 (combinaison et affaires de natation, gourdes et objets personnels) ne sera préparé que ce soir et aussi le lendemain matin juste avant de partir. Je préviens Ninie que je l’appellerai dès que je suis dans le bus de retour pour Vitoria-Gasteiz, afin que l’on se retrouve à la tente de la T2 pour y déposer mon sac rouge.

Donc si vous avez suivi, la T1 est à 20 km de Vitoria sur le site de Landa, et je dois y aller dès maintenant pour déposer mon vélo et mon sac bleu. Alors gggooo !!!

Un gros moment d’angoisse

Eh bien, c’est simple… en voulant sortir de Vitoria-Gasteiz, je me suis… complètement paumé. A peine 5 km, et me voilà déjà perdu. Pour sortir de la ville, en suivant le gps, j’ai atterri sur un début d’autoroute avec aucune possibilité de sortir avant 1 km.

La route praticable est devenue en l’espace de quelques mètres un tronçon d’accélération super dangereux, et puis… zut… c’est une 4 voies. Hors de question de m’aventurer plus, et je fais demi-tour avec tous les risques que ça comporte, mais j’ai pas le choix.

A nouveau en sécurité sur le petit tronçon, je m’arrête et essaie de trouver une autre porte de sortie. Le gps ne m’indique pas un retour en arrière, mais il me dit de suivre une route de campagne parallèle, plus sinueuse, mais certainement plus sécurisée. Allez ggoo ! Je m’y engage !

Après 1 km… la route… ressemble étrangement à une « routeche », c’est une route officiellement sur le gps, mais en réalité, c’est un chemin… Pour vous représenter ce que j’ai devant les yeux : le type de chemin qui vous permet de rejoindre la base nautique au lac de Saint-Cyr, mais en plus étroit.

Alors… que faire… je marque un vrai temps d’arrêt sur mon gps et aucune autre solution s’offre à moi. Que faire ? Est-ce que vous vous engageriez dans cette situation avec votre vélo de contre-la-montre et avec quelques kilos supplémentaires sur votre dos ? Le chemin semble long, au moins 1 km jusqu’à la prochaine intersection, sans savoir ce qui m’attend après. Et là, mon premier vrai moment de solitude apparaît.

Je prends la décision de m’engager dans le chemin, ça passe ou ça casse. Je roule forcément sur les cailloux, et les gros me font moins peur que les petits. Je deviens équilibriste, funambule, et j’essaie d’être un oiseau pour décoller un maximum les roues du sol. Bref, je suis dans une galère…

Moi qui voulait profiter de ce trajet pour faire un déblocage en vélo, je suis servi… Je n’ai pas besoin de rouler à vive allure pour me tétaniser les cuisses, et mon cardio… je ne vous raconte pas. Ce bout de chemin semble interminable et enfin à une centaine de mètres j’aperçois, que dis-je, je devine une route, ou du moins un bout de goudron !!! Je suis sauvé ! Juste à ce niveau, je suis obligé de descendre du vélo pour grimper quelques mètres de terre et rejoindre enfin un tronçon équivalent à la ligne verte de Châtellerault-Scorbé.

Quel soulagement… mes pneus semblent avoir tenu. Avant d’aller plus loin, je vérifie leur état avec grande attention. Et ce qui devait arriver… arriva… Un caillou de quelques millimètres est totalement planté dans le pneu avant. Le pneu arrière, quant à lui, n’a rien. Il est donc hors de question que je continue avec cette verrue qui peut à tout moment s’enfoncer plus et percer ma chambre à air. Je prends le temps de l’enlever avec le peu d’ongles que j’ai… Je n’y arrive pas, ce caillou semble collé. Je sens le stress venir, et comme d’habitude, je ferme les yeux quelques secondes, je respire profondément et je relativise. Ce n’est qu’un minuscule caillou et il n’est rien à côté de l’Ironman que je vais vivre demain… Mais bordel !!! Je racle et racle encore avec mon doigt, je n’ose pas dégonfler le pneu, alors je racle à nouveau et par miracle, le caillou s’éjecte laissant la place à un trou. Ce même trou qui m’avait déjà fait peur l’année dernière ! Je relativise à nouveau, et l’expérience m’a prouvé que ça ne sert à rien d’en avoir peur. Je repars à demi confiant pour Landa et pour rejoindre le parc à vélo.

Je suis enfin sur l’axe principal, qui est aussi une portion grimpante que je ferai 2 fois pendant la course. Je suis étonné d’être seul, trrèèss seul… Il est environ 15h00 et j’ai mon deuxième moment de solitude. Dans ma tête il se passe beaucoup de choses. Je sors d’une galère insolite, sans personne autour, sans savoir où je suis, dans un autre pays, et je me sens tout fébrile. A ce stade, je suis finalement mon seul moteur et je n’ai qu’à rejoindre le parc à vélos pour retrouver mes points de repères. Je finis donc ce que j’ai commencé en profitant des 15 km restants et du dénivelé positif pour faire un vrai déblocage vélo.

Préparation de la T1

J’arrive sur le site de Landa où c’est le jour et la nuit. Finalement, une grosse majorité des triathlètes ont choisi d’amener les vélos en voitures, et beaucoup arrivent par le bus. Je retrouve enfin la foule. Arrivé devant le parc à vélo, je me rends compte dans la dimension du site et de la zone de natation. C’est immense !

Je rentre dans le parc, je repère mon emplacement et je me trouve très proche du début de ma rangée. Cela signifie que je vais devoir courir plus que les autres, le vélo à la main, sur une surface en herbe plus ou moins plate, soit environ 150 m, pour sortir du parc, puis environ 150 m encore sur le tapis rouge pour rejoindre la route où je pourrai enfin chausser. Donc je ne cherche pas plus longtemps, et j’attacherai mes chaussures sur les cales. Je laisse le stricte minimum sur le vélo pour passer la nuit.

En revanche, je veille à un élément très important, et je vous le partage : avec l’aide d’élastiques, je stabilise toujours mes roues dans une rotation particulière, la valve vers le haut afin qu’elle est la tête en bas pour éviter que l’eau ne s’infiltre dans la jante carbone (astuce de papy Schmittou). En effet, au pays basque, il peut pleuvoir même s’il fait beau (si si je vous jure), et ce soir c’est le cas, les nuages commencent à griser de plus en plus et je sens la pluie arriver. Et cette petite astuce que je fais à chaque fois, s’est avérée efficace une fois de plus.

Je n’ai rien d’autre à faire sur le vélo, les chaussures et les jantes sont stabilisées par les élastiques, tout va bien. Il peut pleuvoir, j’aurai une petite serviette demain matin pour essuyer si besoin.

Il ne me reste plus qu’à déposer mon sac T1 bleu que je pourrai ouvrir à nouveau demain matin. Cela ne m’empêche pas de vérifier encore si tout est ok. C’est le cas, alors je pars de la tente de la T1 pour faire des repérages sur la partie natation et la sortie de l’eau. Rien ne semble bien compliqué, et l’organisation a bien balisé partout.

Je reviendrai par la suite sur mon ressenti sur le parcours de natation.

Je n’ai plus rien à faire ici, il est 16h00 environ et je décide de quitter le site de Landa. Retour en bus, comme prévu et c’est gratuit !!! heureusement !

Préparation de la T2

Le bus ne met pas longtemps à rejoindre le site de la T2. Comme prévu, j’envoie un message à Ninie pour lui dire où se rejoindre. Le bus me dépose en moins d’une demi-heure à Vitoria et directement au pied de la tente de la transition course à pied.

Le soleil est de retour et la chaleur aussi. Autant à Landa, l’air était présent et frais, qu’en centre ville, c’est étouffant. Mais ça ne me gène pas plus que ça. Au pied de l’arrêt de bus, j’aperçois un magnifique camion de l’organisation Ironman qui fait un clin d’œil au club des lions.

Le dépôt du sac rouge se fait très rapidement. De toute façon à ce stade là, à part une visière, les runnings, une autre paire de chaussettes au cas où… quelques barres énergétiques, et ma fameuse bouteille d’eau, rien de particulier ! Ah si ! Petite astuce pour les formats longs, je mets toujours un pot de vaseline à portée de main. La vaseline me sert à lubrifier mes pieds rapidement.

Aussi, l’organisation indique bien que le dossard doit être mis uniquement en course à pied, je vérifie donc que mon porte dossard est bien dans le sac.

Tout semble ok, je sors de la tente.

Dernière soirée et dernière nuit avant le jour j

Après s’être retrouvés, les filles récupèrent leur vélo, et moi… je suis à pied. La bonne idée ! Après un déblocage en vélo, je décide de rentrer en footing avec quelques accélérations jusqu’au camping-car. Certes, ce ne sont que 15 min de course, mais ce peu de temps me laisse confirmer que mes jambes sont crispées. Les accélérations me permettront de les détendre.

Nous arrivons au camping-car, il est environ 18h. Une soirée de calme s’impose, et il me reste quelques préparatifs, comme le sac blanc T0 et brancher ma montre pour la recharger.

Ayant bien dormi toutes les nuits précédentes, je ne suis pas contre une bonne nuit à nouveau. Mais le sommeil tarde à venir. Je pense que je réussi à réellement m’endormir aux alentours d’1h du matin.

Bipbipbip bipbipbip… il est 5h45

Courte nuit ! Le départ des pros est à 8h20, et les groupes d’âges à 8h30. Des bus font les navettes pendant 2h pour acheminer tous les triathlètes depuis le centre de Vitoria-Gasteiz. Il me faut donc me rendre au bus le plus proche, sans trop me mettre de pression.

Un bon 5 min pour me réveiller, 10 min pour manger mes céréales en relisant mon pense-bête écrit la veille, puis je prépare mes gourdes. Je vérifie à nouveau mon sac T0 et je me demande si je prends ma pompe ou pas. Finalement, j’ai confiance dans mes pneus gonflés et troués de la veille, et je ne m’encombre pas plus. Il y aura des pompes disponibles et j’aurai tout le temps de réparer avant la course si besoin.

Quand tout est prêt, il est 6h20 environ, je fais un dernier bisous aux filles et je sors prendre mon VTT pour rejoindre le premier bus. J’ai environ 7 min en vélo, ce qui est parfait pour mon réveil musculaire.

Tous les triathlètes arrivent à pied à ce point de départ, et certains me regardent cadenasser mon magnifique VTT vintage en esquissant un sourire. J’entends quelques français parler dans cette foule. Puis nous montons dans le bus. La ville a mis à disposition par l’organisation un grand nombre de navettes pour les 2500 participants. Je vous laisse faire le calcul : 2500 / 55 places / 2h / 6 = environ 4 bus toutes les 10 min. Ils mettront 2h pour emmener tout le monde.

Allez ggooo je grimpe dans le bus ! Direction Landa !!

Mon arrivée à Landa

Après un silence de 20 min pendant tout le trajet, et quelques discussions discrètes dans le fond du bus, nous arrivons à Landa. La navette nous dépose assez loin du site, ce qui créé une longue fil indienne de triathlètes sur 500 m.

Il est 7h00 environ, et je rentre dans le parc à vélo. Je m’empresse de rejoindre mon emplacement pour constater les dégâts. Et bien non ! Tout va bien, les pneus sont toujours à 7 bars ; il suffit d’appuyer dessus très fort et si votre doigt se tord et que vous dites aaïïee !! c’est qu’ils sont bien gonflés. Le vélo est plutôt humide, mais de toute façon la rosée du matin est encore présente, alors je l’essuie sans trop insister. Je pose mes gourdes, mon kit de survie, mon compteur à 22€ made in Decathlon et mes coudières de confort : des manchons de tennis qui me permettent de ne pas glisser des coudes en position aéro (encore une astuce de papy Schmittou).

Après avoir enlevé les élastiques qui maintenaient les valves vers le haut, je fais tourner mes roues et je vérifie que mes freins fonctionnent. Tout est opérationnel ! Je repose correctement mon vélo et je file dans la tente T1 pour vérifier à nouveau mon sac bleu.

A constater le temps du matin, j’ai bien fait de prendre mes manchettes pour me réchauffer plus rapidement dès les premiers tours de roues.

Je peux maintenant me changer et me préparer en combinaison de natation et tout le reste qui va avec. Je range mes affaires que je reprendrai après la course dans le sac blanc T0.

Dans le sac bleu de T1, tout semble opérationnel alors je le repose correctement, et je reprends mon repérage pour le retrouver parmi tous les sacs.

Je ne déposerai mon sac blanc T0 qu’à la dernière minute, on ne sait jamais. Et j’ai toujours une petite bouteille d’eau dedans et quelques barres de céréales que je grignoterai plus tard.

Il est 7h30 environ, Il me reste presque 45 min avant d’être plongé dans l’ambiance des départs des pros. C’est la première fois que je cherche à m’occuper avant une course. Je décide de faire le mouton comme une cinquantaine de triathlètes qui attendent patiemment d’aller aux pipi caca. Sauf que moi… je n’ai pas envie, mais je fais la queue quand même pour dire que j’ai quelque chose à faire. Je me dis alors que je dois continuer à m’hydrater alors je bois, en espérant qu’une fois arrivé devant l’urinoir, j’aurai un intérêt à y justifier ma présence. Victoire ! Après 20 min d’attente, mon système urinaire fonctionne pile poil au bon moment !!

Je file ensuite déposer mon sac blanc T0 car je n’ai plus besoin de rien. Avant de le donner définitivement à l’organisation, je prends une dernière barre de céréales et je bois une dernière fois. Je sors du parc pour rejoindre le bord de l’eau et m’échauffer en nageant. A mi-parcours, je regarde mes pieds… et je vois mes magnifiques claquettes… Quel boulet… j’ai oublié de remettre mes claquettes dans le sac blanc. Je vais pas les laisser sur la plage, ce ne sont pas non plus des claquettes jetables. Je fais demi-tour, direction le point de collecte des sacs T0. J’essaie de me faire comprendre en espagnol… le mec me regarde d’un air dépité, il se retourne et on constate ensemble la monticule de sacs… autant dire que c’est impossible à retrouver. Je laisse tomber et je décide de filer rapidement dans la tente pour mettre mes claquettes au fond de mon sac de transition T1. Il est 8h environ, je suis laarrgggeee !!

Cette fois-ci, je suis ! Au bord de l’eau parmi un indénombrable amas de triathlètes. Je rentre dans l’eau et je m’échauffe 5 min. Je sors pour rejoindre les sas de départ.

Three Two One Ignition !

Oups pardon ! tres dos uno vamos !! Juste avant le départ des groupes d’âges, les pros ont fait leur entrée. Je m’avance dans les sas en même temps, et je décide de prendre celui d’1h10. Optimiste, je sais, mais théoriquement je projette de faire 1h15, alors soyons fou et on verra !

Il est 8h20, la musique met l’ambiance et les pros hommes partent ! 5 min après, c’est au tour des pros femmes. Puis rapidement 8h30, le sas 55 min passe, par groupe de 5 triathlètes. Puis c’est le tour des 1h… 1h05…

Tout va très vite, je suis au début de mon sas, il est 8h40 et il ne me reste que 2 min avant de partir. Je suis dans un grand moment de concentration comme j’ai jamais vécu. Pendant ces quelques minutes, je n’entendais plus rien, je voyais les groupes partir, et j’étais définitivement dans ma bulle. Je sais que je vais partir pour une très longue journée. Je pense à tout et à rien, je me laisse guider sans reculer, ni perdre ma place. Dans le fond, je suis pressé d’être dans l’eau et de nager. Le dernier groupe devant moi part, et je me positionne à mon tour en attendant le feu vert.

Il est 8h42, et ggooo !!!

Je cours quelques mètres et j’ai enfin les pieds dans l’eau. Rapidement immergé, je crawle sans plus attendre. J’étais sur la gauche, ce qui m’a permis de voir l’avancée des 4 autres de mon groupe de rolling start. Finalement, je suis passé en tête de ce groupe et j’ai mis une centaine de mètres à retrouver le groupe précédent. A ce niveau là, je me suis dit que je partais trop vite. N’ayant aucune sensation, ni points de repère à ce stade, je relâche un peu l’allure, et je pars en amplitude. Le plan d’eau est un vrai billard, alors j’en profite. Je sens la force de l’eau sur ma tête, je glisse bien je pense. Le rolling start a toujours cet avantage de vous créer un confort de nage et c’est rare d’être gêné. Après 200 m, je ne sais plus où je suis par rapport aux autres. De toute façon ça n’a plus d’importance, je suis sur mon tempo pour je l’espère 11h30 de course.

La première bouée est la plus éloignée. La deuxième bouée est moins loin que la précédente. La troisième bouée est encore moins loin que la deuxième. La quatrième l’est aussi par rapport à la troisième. Et une fois passé cette dernière bouée sur un virage à droite, direction les flammes de la sortie.

Psychologiquement, j’ai trouvé ça vraiment génial de placer les bouées toujours moins loin que les précédentes. Ça donne une sensation d’accomplissement et ça joue sur mon moral.

J’ai passé les 3,8 km en amplitude, sans aucune agressivité et de façon modérée pour la suite. Je pose pieds à terre à quelques mètres du bord, je regarde ma montre et la surprise est totale ! 1h 13min !!! Et je ne suis même pas fatigué. Je jubile de l’intérieur, ne laisse rien paraître, mais au fond de moi, j’ai rempli ma première étape avec succès.

Il me faudra courir une centaine de mètres pour rejoindre la transition sous la tente. Je n’ai aucun mal à retrouver mon sac. J’enlève ma combinaison, je me prépare sans oublier de mettre mes chaussettes cette fois-ci, et je prends aussi mes manchettes. J’ai mon casque, mes lunettes, j’ai bien mis mes ravitos dans mes poches arrières. Je repose mon sac à son emplacement et je sors de la tente, direction le vélo.

Je suis fin prêt pour attaquer les 180 km. Ma transition dure 8 min, contre 3 ou 4 en temps normal, mais on peut facilement enlever 1 min 30 de déplacements cumulés.

180 km en moins de 6h

Ça c’est la théorie ! Mais il est clair que vu mon état de forme après avoir passé les 3,8 km de nage, je ne vois pas comment je pourrais ne pas le respecter. Je fais mes premiers tours de roues en vélocité. Tout le départ et l’arrivée autour de Landa est une série de toboggans. Il faudra une bonne 20 aine de kilomètres et un changement de direction sur la droite, pour trouver les premières descentes. Quelques faux-plats sont sur le parcours, mais globalement ça descend jusqu’au 60e km qui nous amène jusqu’à Vitoria-Gasteiz. Sur tout ce tronçon, je peux m’installer sur un braquet plus fort, mais je ne vais pas le garder car les petites alternances d’ascensions et de descentes sont des casse-pattes.

Et puis le vent ! C’est bizarre ce vent… Vitoria-Gasteiz est dans une cuvette. Est-ce la raison pour laquelle je n’ai jamais réussi à déterminer le sens du vent ? Dans tous les cas, je ne l’ai jamais eu défavorable lors des ascensions, en revanche, j’étais dans l’obligation d’être toujours en prise sur les portions plates et descendantes.

Toujours sur ce tronçon on passe une première fois sur une portion en pleine campagne assez dangereuse je trouve. La route est très rétrécie, le revêtement demande une attention particulière. Nous faisons un chassé-croisé pendant plusieurs kilomètres. Je suis attentif, mais je pense déjà à mon deuxième tour, et surtout au troisième car nous passons 3 fois dans cette portion. Serai-je encore lucide dans moins de 4h ?

Au passage dans la périphérie de Vitoria-Gasteiz, j’espère voir les filles. Mais je ne les vois pas, il est peut-être encore tôt et l’accès à ce bout de la course est compliqué depuis le camping-car.

La suite, je la connais ! Pour avoir roulé la veille sur cette partie direction Landa, je sais à quoi m’attendre. Ca grimpe sur plusieurs kilomètres après un long faux-plat montant. Puis après le site de Landa, je reprends la partie du départ de vélo. En tout cas, je viens de faire 30 km qui montent de 3 %, sur de longues portions, à 10 % au plus fort, sur des plus petites parties.

Pendant tout le parcours, je m’hydrate et je mange régulièrement. A ce stade, à environ 80 km, je décide de prendre mon premier sandwich : un pain au lait, du beurre salé et du jambon. La taille du pain au lait est parfaite pour se refaire une santé et se faire plaisir. Et emballé dans un sac de congélation, c’est facile à transporter. Je mangerai le deuxième plus tard.

A 90 km, je suis à 2h57 de vélo et je retrouve le fameux virage à droite qui me soulage, car je sais qu’à ce niveau là, je suis majoritairement en descente. Je ne peux pas augmenter mon allure pour autant. Le vent me scotch littéralement sur la route. Mais je suis confiant et je me sens bien.

Au km 110, comme au premier tour, nous devons faire un demi-tour sec sur la route. Mon premier passage a été très sécurisant, car j’étais tout seul. En revanche, pour celui-ci, j’ai manqué de tomber à cause d’une triathlète qui m’a fait une queue de poisson. Elle ne m’avait pas vu arriver sur sa gauche et plutôt que de tourner, elle a filé vers les signaleurs de l’organisation, me coupant devant. Un coup de frein sec qui m’a légèrement fait déraper et déséquilibrer en plein virage. Je relance rapidement pour me remettre en équilibre et chasser cette mésaventure de mon esprit. Dans tous les cas, ça réveille, ça me replonge dans les risques de la course et je redouble de vigilance pour assurer la suite.

Et finalement, c’est un mal pour un bien. 10 km après, j’arrive dans la partie dangereuse du chassé-croisé pour la seconde fois. J’ai donc toute la vigilance nécessaire pour l’affronter et au regard des statistiques après course, sur ces 8 km compliqués, je les passe 2 km/h moins vite.

Cette vigilance m’a aussi permis de récupérer un peu. Quand je retrouve la route plus large, j’augmente forcément mon allure. Mais… je reste lucide, et je n’arrête pas de me redire : « sois patient. ».

Au km 130 avec 4h10 sur la selle, je repasse en périphérie de Vitoria-Gasteiz. Les filles ne sont pas là donc j’en conclue qu’elles ont préféré se placer à l’arrivée du vélo pour la transition. Et c’est plus judicieux finalement, car le passage en vélo ici se fait tellement vite qu’elles auraient fait 1h de vélo de leur côté pour me voir passer 30 sec.

Je repars sur ma dernière boucle, il me reste 50 km et je décide de manger mon dernier sandwich avant d’attaquer la grimpette.

Comme le parcours natation, celui du vélo est tout aussi bien étudié. Psychologiquement, ça fait de bien de savoir que les deux plus grandes boucles sont derrière moi et qu’il ne me reste « que » la dernière boucle plus petite. Et ça marche ! Je relance mon allure, je reste toujours en prise et j’attaque pour la seconde fois les 30 km de dénivelé positif. A aucun moment j’ai senti une fragilité et je prends un pied monstre à savoir que je vais bientôt terminer la partie vélo.

Au km 170, je suis en plein dans le passage dangereux pour la troisième fois. Je suis dans la portion de retour de ce dernier chassé-croisé. Je roule sur un caillou assez gros pour que j’entende le bruit et la vibration résonner sur la jante de ma roue avant. Ce caillou part à toute vitesse taper le vélo d’un triathlète malchanceux qui me croise juste à ce moment-là. Je le sais, je l’ai senti, je l’ai vu partir et j’ai entendu taper. J’esquisse un regard derrière moi, le mec a dû sentir quelque chose mais difficile dans notre cas de s’échanger des courtoisies.

Il file et je fais de même. Ce sont aussi les risques de la compétition. Heureusement qu’il n’a pas reçu le caillou sur lui.

5 km plus loin, dans un virage et juste avant le dernier ravitaillement, je prends 2 min pour m’arrêter faire un pipi. J’avais la mauvaise expérience à Vichy d’avoir attendu la transition pour le faire et j’ai regretté le temps perdu. Cette fois-ci je ne me fais pas avoir, et j’anticipe.

Au dernier ravito, l’ambiance est là chez les bénévoles. Je me risque même à lâcher les mains du guidon pour les applaudir.

Les 5 derniers kilomètres sont jubilatoires. J’arrive dans les rues de Vitoria-Gasteiz, de plus en plus étroites, avec de plus en plus de spectateurs. Il me reste quelques virages, je sors mes pieds des chaussures en roulant et je m’approche de la ligne de transition. Une organisation millimétrée qui prend en charge mon vélo dès ma descente. Un bénévole réceptionne mon vélo pour le ranger. C’est une première pour moi, je n’avais jamais vécu ça et c’est très agréable.

Pendant que j’entame mon approche dans la T2 en courant, je gère la transition sur ma montre, et mon temps de vélo : 5h55. Contrat largement rempli !

Les deux pieds sur terre, je cours

Quelques mètres après avoir « passé » mon vélo, un virage à gauche m’ouvre la vue sur cette magnifique T2. Oui, ce passage est magnifique ! Une foule immense nous attend de chaque côté des barrières. C’est une vision que je n’oublierai jamais. Je descends le tapis rouge sur une centaine de mètres. Il mène directement à la tente.

Juste avant de tourner pour entrer dans la tente, j’entends Emy crier « allez papa ! », puis je vois Maylie et Ninie. Elles sont là ! Enfin je les vois, et je m’accorde une minute d’arrêt pour les embrasser, et échanger quelques mots. C’est rapide, mais ça fait du bien, après toute cette solitude pendant maintenant 7h20.

J’entre dans la tente. Dans mon sac T2, j’avais prévu de la vaseline, et je m’accorde encore une minute pour m’en passer sur les pieds avant de mettre mes chaussures. Je fais un point sur mes ravitos personnels et je pose toutes les barres de céréales pour les remplacer par des pattes de fruits. J’aime avoir du sucre avec moi en permanence et au cas où, et pour le sel, les ravitos de l’organisation suffiront.

Je mets mon porte-dossard, ma visière, et je suis prêt à attaquer la partie la plus complexe de cette journée. Je sors de la tente, je reprends ce fameux tapis rouge qui me guide vers la sortie de la T2. Je vois à nouveau les filles qui m’encouragent !! Ça fait du bien, j’ai encore envie d’échanger quelques mots, je lève le pouce bien haut et je leur dis fièrement : « c’est ici que la course commence ! ».

Je sors de la transition en montant une passerelle d’une vingtaine de mètres qui m’amène directement sur les pavés, aux pieds de la vielle ville. Voilà, j’y suis… dernier long effort. J’ai le sourire, je suis heureux et je jubile intérieurement. Je viens de remplir une première grosse partie de mon contrat. Enchaîner 3,8 km de nage et 180 km de vélo, je ne l’avais jamais fait, même en entraînement. Aujourd’hui, je mets tout bout à bout, et ça passe !!

Mais un marathon derrière tout ça, c’est l’inconnu total… Pourtant, je me sens bien et je suis confiant.

Le premier km passe sans problème, les encouragements espagnols sont chaleureux. Je reste patient et j’imprime une allure de moyenne en 5’40 au km. J’ai de la ressource pour accélérer, je suis actuellement à 140 bpm au cardio. Le deuxième km est identique, et je profite de la foule venue en masse dans les rues de Vitoria. Je les entends encourager chaque athlète, et plus encore pour les petits français : « vamos !! vamos !! chicos, chicas !! Vamos !!! Animals ! ». J’entendrai ces encouragements et leurs applaudissements jusqu’à la fin, et c’est inoubliable.

Au 3e km, un changement est en train de s’opérer. Jusqu’alors à l’abri de tout problème physique, jusqu’alors conscient de l’enjeu et prudent sur mes sollicitations motrices, je commence à ressentir une douleur connue dans mon mollet droit. Une contracture qui apparaît souvent lors de mes efforts très prolongés. Cette douleur, je ne l’avais pas ressentie depuis des mois, même pendant ma préparation et mes longues sorties. Je m’en souviens… elle était déjà là sur mes derniers kilomètres du Trail hivernal du Sancy, accompagnée de bonnes crampes.

Je ne suis donc pas dans la découverte de cette contracture. Mais la connaissant, je sais à quoi m’attendre… Je regarde ma montre, ce qui n’a aucune utilité… Je souhaite tout de même vérifier où j’en suis… Il me reste 40 km ! Alors je me raisonne à voix haute, de toute façon, personne ne me comprend : « il me reste 40 km… il me reste… que 40 km ! Putain… 40… 4 fois 10 quoi… Ok 10, puis 10, puis 10, puis 10… pfff 40 ?!! ».

Vous comprendrez qu’à ce moment-là, j’ai tout qui défile, tout est flou et ceux qui me connaissent savent que je suis déjà en pleine réflexion de scénarios possibles pour m’en sortir. Je ne suis pas en mode survie, loin de là, mais je vais tout faire pour accomplir cette journée, et je terminerai ce marathon.

Encore mieux ! Je m’ordonne de toujours courir et de ne jamais m’arrêter, sauf de ralentir aux ravitos. Ma seule solution est alors de maîtriser cette douleur pour qu’elle ne s’aggrave pas. Il me faut un petit kilomètre pour comprendre comment cette contracture est en train de réagir. Dès que j’essaie d’augmenter mon allure à moins de 6’15 au km, je me mets mécaniquement à rechercher des appuis trop éloignés les uns des autres et ça accentue ma douleur.

Mon cardio chute pour osciller de 130 à 135 bpm. C’est frustrant !!! C’est frustrant de savoir que tous les voyants semblent aux verts et qu’une douleur et la raison vous brident à subir cette allure.

Alors le deuxième effet kisscool ne tarde pas à venir. Au bout des 10 premiers kilomètres, j’ai maintenant en supplément, deux poteaux bien raides à la place des jambes. Mais malgré tout ça, je savoure et je prends tout ce que je peux prendre de cet Ironman ! Je regarde tout, j’ai le temps de toute façon.

Je croise les filles au km 12, juste à la fin de cette première boucle. J’ai mis plus d’une heure à me faire à l’idée que je ne pourrai pas m’exprimer en course à pied, alors je rassure Ninie en lui disant : « je peux pas courir, mais ça va le faire ! ». Aucune de mes foulées n’est aérienne, et j’ai du mal à plier les genoux.

Mais j’avance !!!! et je continue à gérer cette contracture.

Le parcours de course à pied est très joli sur les 2/3 de chaque boucle. Les rues, les parcs, la foule, les organisations, les ravitos, tous les ingrédients sont présents sur 7 km de la boucle. En revanche, le dernier 1/3 est psychologiquement compliqué. Ce sont 3 km de silence, sur des portions totalement exposées au soleil. Il y fait plus chaud, et dans ce décor, je ne m’y retrouve pas. Ce ne sont que quelques kilomètres, mais le faire 4 fois me rappelle qu’à chaque tour je devrai à nouveau affronter cette solitude.

Au km 22, je passe mon second tour. Les filles manquent de peu de me voir. Alors les échanges sont brefs. Mais le peu que j’ai est bon à prendre.

A plusieurs reprises et depuis le matin, j’ai pensé à vous les takounes !!! Et à ce stade de l’Ironman, mon semi-marathon est derrière moi, et je me souviens de chacun de vos conseils. Ils sonnent comme des encouragements en moi. C’est con à dire, mais je vous fais parler dans ma tête. Je vous imagine m’encourager et me gueuler dessus ! Je n’ai qu’une envie, c’est de vous répondre : « bande de fumiers de takounes, vous m’avez foutu dans une sacrée galère… ». Mais que c’est bon !!!

J’enchaîne les foulées, si petites soient-t-elles. Elles se transforment en mètres, en décamètres, puis en hectomètres. Chaque kilomètre devient un défi avec cette contracture. J’arrive à maintenir un 6’30 au km pour 132 bpm au cardio. Je suis encore lucide malgré mon regard dans le vide.

De retour dans la portion silencieuse, je n’ai qu’une hâte, c’est de retourner sur les 7 km de fiesta et d’entendre à nouveau : « vamos !! vamos !! chicos, chicas !! Vamos !!! Animals ! ». Je sais que le prochain ravito laissera la place à cette portion magique. Et elle l’ai d’autant plus car je vois deux fois plus de spectateurs dans les rues, à encourager. Il y a encore plus de bruit, de mouvements, et de fête que tout à l’heure.

Juste avant de passer le 32e km, je revois les filles, plus longtemps cette fois-ci. Ninie me dit : « On est tous avec toi, tout le monde est derrière toi mon cœur, tous les lions t’encouragent ! » en me montrant son téléphone. Je lui réponds : « ça va le faire ! ». Et effectivement, avec tout ce que j’avais déjà passé compte-tenu de la douleur permanente, je savais qu’à ce stade je n’allais pas m’arrêter. Je ne me suis jamais arrêté jusqu’alors, et c’est sûr, quoi qu’il se passe, j’irai jusqu’au bout. Il ne me reste que 10 km !!

Mes petites femmes, les takounes, mes entraînements, ma course, et surtout Pierre ! Tout y passe et tout le monde y passe… je pense à tout. Je suis entré dans un état second qui ne me produit que des pensées positives. J’ai envie d’avoir tout le monde autour de moi pour les remercier. Je me vois déjà passer cette ligne !

Au 37e km, je suis à 11h45 d’effort, il ne me reste plus que 5 km et je viens d’en faire 221 km exactement. Et ce que j’avais prédit arrive : le gps de ma montre s’arrête, faute de batteries. Je n’ai donc plus aucun point de repère au bout du bras. En même temps… je n’en ai plus vraiment besoin.

Je me dis que si j’avais pu rester dans mes allures, je serai déjà arrivé. Mais ceci n’a plus d’importance à ce stade. Il ne me reste plus que quelques kilomètres pour savourer. Je me prends même à ralentir aux passages où la foule m’emporte, je les remercie, je les applaudis. C’est magnifique, je vais être un Ironman et je l’ai mérité bordel !

Après le dernier ravito, il ne me reste plus que 3 km, puis 2…

J’entre dans le dernier km et pour la quatrième fois, je vais passer dans le sas de spectateurs et les gradins. On entend le speaker et la foule de très loin. Cette fois, ça sera pour passer cette fameuse ligne d’arrivée que j’attendais tant, depuis que je me suis mis à faire du triathlon.

Je pose enfin les pieds sur les derniers pavés de la vielle ville qui me guideront jusqu’au bout.

Au passage des gradins je cherche mes petites femmes, mais c’est mission impossible pour les retrouver dans toute cette foule. Je passe le porche, encore quelques mètres avec un demi-tour, je repasse le porche et cette fois-ci, je ne file pas !! J’ai enfin terminé !! Je passe à droite, direction l’arche finale ! Je n’arrive même pas à lever les bras tellement j’ai mal aux trapèzes. Alors je sers les points très fort et je passe la ligne d’arrivée après 12h18 d’efforts.

Et le fameux speaker espagnol ne manque pas de me rappeler mon prénom : « iyôme, you… are… an Ironman !!!! ».

C’est fait ! Voilà… … … c’est fini… … … je l’ai fait !

Et juste après…

J’essaie tant bien que mal de retrouver les filles, mais impossible. Je dois m’avancer pour profiter du ravitaillement. Un vrai festin à l’espagnole qui ne me fera pas reprendre mes 8000 kcal perdues aujourd’hui.

Des barrières me séparent de cette foule immense et j’ai beau chercher encore du regard, je ne retrouve pas les filles. Je sais qu’il est un peu tard, et que vu le nombre de triathlètes, je n’ai pas intérêt à tarder pour récupérer mon vélo et mes sacs.

Ironman est bien organisé, alors malgré les quelques deux cents triathlètes devant moi, je ne mets que 3/4 d’heure à tout récupérer. Voilà une heure que j’ai terminé, et les filles et moi ne nous sommes toujours pas retrouvés. Je prends la décision de rentrer pensant qu’elles sont finalement retournées au camping-car.

Sauf que… je vous laisse imaginer la scène pour ceux qui connaissent l’encombrement d’un triathlète après sa course. Je me rapproche de mon VTT déposé le matin.

J’ai donc dans mon inventaire :

  • un vélo de contre-la-montre dans la main droite
  • un VTT vintage dans la main gauche
  • un sac blanc dans lequel j’ai mis mes chaussures de vélo et le sac rouge de course à pied
  • un sac bleu contenant ma combinaison de natation encore pleine d’eau

Accessoirement :

  • je viens de faire un Ironman
  • il me reste, je pense, 30 min à pied pour rejoindre le camping-car

Ce qui est magnifique, même après la course, ce sont les espagnols qui continuent à m’encourager en me voyant galérer avec tout mon attirail.

Arrivé au camping-car, je me retrouve seul, et les filles ne sont pas encore là. Elles ont dû me chercher.

J’en profite pour discuter avec des français présents sur l’air de camping-cars qui ont aussi terminé l’Ironman. N’ayant pas de téléphone, je leur demande si je peux appeler Ninie avec le leur. Au même moment, je vois les filles arriver. On se retrouve enfin ! La journée a été longue pour elles finalement.

Je leur dis alors que les vacances peuvent enfin commencer !!!!!

J’éprouve une grande fierté d’avoir accompli cet Ironman. Le marathon n’aurait pas dû se passer ainsi. Ce n’est pas le résultat d’un manque d’entraînement, et je n’ai aucun regret. Je sais à quoi correspondent mes 45 min de plus que mon objectif. Alors je suis fier ! Fier d’avoir gérer cette longue épreuve sans jamais baisser les bras.

Merci les takounes

Je vous remercie les takounes pour votre contribution à ce magnifique cadeau auquel je n’aurai jamais pu avoir accès sans vous. Il y a un an jour pour jour, vous m’avez tendu la perche pour réaliser ce rêve.

Je vous kkkkiiiiffffffee

Et la suite…

La suite… VACANCES !!!! Doigts de pieds en éventail ! Arf non pas les doigts de pieds… mon gros orteil a été bien amoché par le marathon.

Mais avant d’attaquer notre magnifique semaine de vacances, et ce périple en camping-car en remontant la côte atlantique du pays basque espagnol, je pense qu’une bonne nuit de sommeil me fera de bien.

Mais cette nuit d’après l’Ironman, finalement, n’était pas très assommante et j’ai plutôt mal dormi à cause d’une digestion un peu déréglée : les organes en mode survie, les apports énergétiques, la ré-hydratation incomplète, etc. Tout le système doit retrouver son fonctionnement normal et je me laisse quelques jours pour ça. La bière est un bon moyen de relancer tout ça rapidement.

Après cette courte nuit, dès le petit matin et avant que tous les camping-cars ne partent à leur tour, je profite tant bien que mal avec mes courbatures aux jambes et surtout aux mollets, de préparer notre cagouille pour prendre le large ! Direction la côte !!! Direction la sieste sur la plage !!!! Direction la récupération dans la piscine du camping ! Yyyyeeessss, vacances !!!

Au bout de 3 jours, finies les courbatures et je sautille à nouveau comme une gazelle !

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